mercredi 22 août 2012

Le Cameroun: digne représentant de l'Afrique en miniature!


Bonjour à tous! 


J’espère que vous allez bien et que ceux qui avaient la chance d’avoir des vacances ont pu bien en profiter! Quant à moi, je n’aurais pas pu passer de plus belles vacances en terre camerounaise. J’ai aussi eu le privilège de les partager en compagnie d’un bon ami qui partage la même passion du voyage et de l’aventure que moi! Seule petite déception… mon appareil photo a rendu l’âme quelques jours après le début de mes vacances! C’est donc grâce à la générosité de quelques collègues que je peux vous donner un petit aperçu des merveilles cachées de ce pays  (d’autres photos sont aussi à venir d’ici peu)! 
Yaoundé

Avant de passer au récit de voyage (que vous attendez probablement avec impatience!), je voudrais vous dire quelques mots sur mon nouveau rôle au sein de VSO. Peut-être vous souvenez-vous, il y a quelques mois, j’avais publié un message expliquant que mon ONG changeait de stratégie d’intervention et d’objectifs généraux à partir du 1er avril 2012. Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, j’ai également changé de poste, passant de conseillère en développement scolaire à conseillère en santé communautaire. Au lieu de travailler seule auprès d’un partenaire, je fais désormais partie d’un groupe de volontaires que l’on nomme «cluster» et nous travaillerons à soutenir plusieurs projets qui seront soumis par de multiples partenaires locaux (ONG, associations, organisations de la société civile, entreprises, etc.). Les derniers mois, nos tâches consistaient principalement à établir un premier contact avec d’éventuels partenaires un peu partout dans la région de l’Extrême-Nord. Si tout va bien d’ici quelques semaines, nous commencerons à recevoir des soumissions de projets de leur part. Lors de ces rencontres avec les futurs partenaires, j’ai eu le plaisir d’échanger avec des femmes admirables. Des femmes persévérantes qui continuent de se battre pour que leurs sœurs camerounaises puissent avoir enfin accès à des droits fondamentaux tels le droit à l’éducation, à l’accès aux soins de santé, au travail, de choisir librement son futur époux, de participer aux prises de décisions et d’être représentées à tous les niveaux politiques, etc. Pour ceux et celles que cela intéresse, voici quelques liens vers des organisations locales dynamiques qui m’ont particulièrement touchée par leurs actions. 

-Saare Tabitha: http://www.over-blog.com/profil/blogueur-3439739.html
-Institut professionnel romaine pour les orphelins du Cameroun: http://education-obala.org/wp_fr/
-Fondation Bethléem: http://www.fondation-bethleem.org/fr/
-Association de lutte contre la violence faite aux femmes: http://www.agirpourlesdesc.org/francais/qui-sommes-nous/article/association-de-lutte-contre-les

En route vers les lacs, Nkongsamba
Un des deux lacs jumeaux, Nkongsamba
Passons maintenant aux choses sérieuses… si je pouvais décrire en seul mot comment je me suis sentie pendant les 6 dernières semaines, je dirais probablement : Trempée!! En effet, voyager pendant la saison des pluies au Cameroun n’est pas toujours simple, car les averses surviennent pratiquement tous les jours! Heureusement, les petits ventilateurs sur pied dans les hôtels ont pu être d’un grand secours pour faire sécher régulièrement chaussures et vêtements! Pendant ce voyage, j’ai aussi eu la chance d’expérimenter le pire trajet en moto depuis mon arrivée ici soit 4h30 de montée sur une route boueuse et glissante!! Heureusement, le point d’arrivée en valait bien la peine, deux magnifiques lacs de cratère entourés d’un paysage digne du «Seigneur des Anneaux».

Le début du périple a commencé à Limbé, mais la plage a été un peu délaissée, au profit de la visite de quelques sites qui se sont révélés très intéressants! Le Mont Cameroun (4095 mètres), situé non loin de Limbé est un ancien volcan qui est entré en éruption pour la dernière fois en 2000. Lors de cette éruption, une imposante coulée de lave a recouvert une partie d'une route et on peut maintenant marcher le long de cette coulée et admirer le paysage environnant où le contraste est frappant entre les roches volcaniques très noires et les herbes vert fluo qui ont envahi l'espace! La visite du Limbé Wild Life Centre nous a aussi permis de côtoyer différentes espèces de primates vivant au Cameroun (chimpanzés, gorilles, drills, mandrills). Ce centre a une mission de conservation et de protection des primates menacés d'extinction. Les animaux arrivent souvent par le biais d'agents de la faune qui ont attrapés sur le fait des braconniers et ils apportent au centre les orphelins ou les blessés pour qu'ils soient pris en charge. 

Mosquée et marché, Foumban
Chefferie traditionnelle Bamoun, Foumban
Dans les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, j’ai pu en apprendre beaucoup sur les ethnies Bamiléké, Bamoun et Bafut en visitant des chefferies traditionnelles imposantes et des musées littéralement remplis de trésors inestimables! Des objets de toutes sortes décorés de restes humains... crânes ou mâchoires, des tenues de guerre décorées avec des mèches de cheveux d’ennemis, des trônes royaux de deux mètres de haut entièrement recouverts de milliers de petites perles de toutes les couleurs...bref, il était quasiment impossible d’en ressortir déçu! Malheureusement, tout cela est souvent très peu mis en valeur et soutenu par le Ministère du Tourisme. Dans le village de Foumban, nous avons fait la visite d'une forge traditionnelle. Le processus de création des œuvres en bronze demande beaucoup de temps. Après avoir fabriqué un moule en terre, celui-ci est recouvert de cire d'abeille, des détails sont sculptés avec minutie puis une nouvelle couche de terre est ajoutée. Lorsque le bronze est coulé dans la pièce, il prend seulement la place de la cire. Les moules en terre sont ensuite cassés et on se retrouve avec une pièce creuse en bronze!

De retour à l'Extrême-Nord, j'ai eu le plaisir de retourner pour une deuxième fois dans le village de Rhumsiki. Par contre, je me suis retrouvée en face d'un paysage tout à fait différent: le gazon, les petits arbustes, les fleurs... la vie avait définitivement repris le contrôle sur la brousse désertique! (La comparaison des photos viendra prochainement!) Vers la fin de notre randonnée pédestre dans la vallée, une tempête de pluie a littéralement déferlé sur nous et nous avons dû remonter la montagne à contre-courant d'une rivière nouvellement formée sur le petit sentier!! Malgré tout, cela reste une expérience intéressante à essayer une fois dans sa vie!

Mayo (Rivière) Kaliao en train de se remplir à nouveau, Maroua
Je vous retrouve donc dans quelques semaines, avec d'autres photos de voyage et des nouvelles des différents projets au sein desquels j'aurai l'opportunité de travailler au cours de la prochaine année! 

Sé yesso!! 

samedi 16 juin 2012

«L’hymne de nos campagnes» ou quand la nature règne en maître!

Habitations de peuples nomades
Un matin, j’ai levé la tête vers la brousse et je me suis rendue compte que quelque chose m’avait échappé lors des dernières semaines : le désert avait viré au vert! Les pluies qui surviennent de plus en plus régulièrement dans ma région ont causé plus d’un changement! Offrir des repas bien mérités pour le pauvre bétail qui souffrait depuis plus de six mois, faire réapparaître les rivières là où il n’y avait plus que dunes de sable, les pluies sont attendues avec enthousiasme pour les uns et angoisse pour les autres, car elles n’apportent pas que des bienfaits à l’Extrême-Nord! Pannes d’électricités fréquentes et persistantes (se calculant parfois en mois!), routes de terre impraticables qui amènent certains villages à être complètement coupés du monde jusqu’en septembre, sans oublier les vents extrêmement forts qui peuvent emporter arbres et toits des maisons. Le 31 mai dernier, une véritable tempête a déferlé sur Guirvidig et plusieurs familles ont vu leurs maisons gravement se dégrader et elles ont dû se mettre au travail sans attendre pour solidifier murs et toits, car on ne sait jamais quand la prochaine pluie fera rage. Cela nous a aussi plongés dans le noir pendant près de deux semaines. Lorsque que je ne suis plus alimentée en électricité, c’est également tout le système d’eau courante qui est paralysé dans ma cour. Quand la ressource se fait rare, elle devient de plus en précieuse et cela nous oblige à trouver toutes sortes de stratégies pour économiser et réutiliser l’eau le plus possible. Prendre une douche avec environ 2 litres d’eau, réutiliser l’eau de lessive pour la toilette, recueillir l’eau de pluie dans des grandes bassines, bref tous les astuces sont mis à profit!




La dernière fin de semaine de mai, j’ai eu le plaisir d’accueillir quelques amies volontaires dans mon village. Promenade au marché de Guirvidig, excursion en pirogue sur le lac de Maga et visite des cases traditionnelles mousgoum dans le village de Pouss étaient au rendez-vous.

Tribunal coutumier traditionnel mousgoum
Pendant notre petit tour du lac, nous avons eu la chance d’observer un troupeau d’une vingtaine d’hippopotames, d’admirer de jolis villages insulaires et un superbe coucher de soleil! Pourtant cette belle aventure a bien failli tourner à la tragédie. Alors que nous étions sur le chemin du retour à la terre ferme, nous avons croisé deux pêcheurs dans une petite pirogue. Soudainement, l’un d’eux a plongé… nous croyions alors qu’il voulait se rafraîchir! Il nageait vers notre bateau et nous nous sommes retournées vers le piroguier pour lui faire savoir qu’il devait faire attention à ne pas heurter l’homme. C’est au moment où il s’est accroché au bord et a sauté dans notre bateau que nous avons compris le drame qui était en train de se dérouler sous nos yeux. Nous avons tourné la tête et avons vu leur petite pirogue couler en quelques secondes. Un hippopotame était à leur trousse! Il venait de croquer leur pirogue et essayait de les poursuivre pour les attaquer. L’autre homme était encore au milieu du lac et tout le monde retenait son souffle. Notre piroguier était heureusement très habile et a pu assez rapidement rejoindre l’autre homme pour le secourir. Quelques minutes plus tard, nous accostions sur la rive, au milieu d’une cinquantaine d’hommes, femmes et enfants qui ont vu toute la scène se dérouler devant eux, mais qui étaient impuissants à faire quoi que ce soit! Les mains dans les airs, ils semblaient remercier Dieu de nous avoir mis sur leur chemin pour sauver leurs frères…


samedi 28 avril 2012

Voyages et découvertes...

 Le début du mois d’avril a coïncidé avec les vacances de Pâques, et cela s’est présenté comme étant l’occasion parfaite de découvrir davantage la région du Nord et de l’Extrême-Nord du Cameroun. En compagnie de quelques volontaires, j’ai donc pris la route du village de Rhumsiki et les fameux pics qui font sa renommée! Au cours de notre séjour, nous avons eu la chance d’en apprendre un peu sur le peuple Kapsiki et leurs traditions animistes. Entre autres, on nous a expliqué l’importance des arbres à palabres dans les quartiers et les trois types qu’on retrouve, soit un pour les jeunes hommes, les hommes mûrs et les femmes. C’est à cet endroit que les gens se retrouvent pour échanger les nouvelles, apporter leurs problèmes et essayer de trouver des solutions. Un peu plus loin, vous trouverez une photo d'un arbre à palabre de femmes où vous pourrez observer les pierres creuses qui sont disposées tout autour de l’arbre. En fait, ces pierres servaient à rentabiliser le temps des femmes, avant l'arrivée de l'électricité et des moulins! Tout en discutant entre elles, elles pouvaient en même temps écraser le mil avec un mortier au creux de la pierre. Le couscous de mil constituant l’aliment principal de l’alimentation dans cette région, les femmes passaient donc de longues heures à effectuer ce travail. Je garde aussi un bon souvenir de la visite du vieux sorcier du village qui lit l’avenir dans les mouvements de petits crabes et les morceaux de calebasse! Bravant la chaleur, nous avons eu la chance de faire de magnifiques randonnées dans les montagnes et dans la vallée, entourés de ces pics si impressionnants! Et je dirais même que les quelques photos qui suivent ne sont qu’une faible représentation d’une réalité sortie tout droit d’un autre monde!


Arbre à palabres des femmes



Le vieux sorcier aux crabes
Quelques jours plus tard, je me suis retrouvée dans le sympathique village de Guider pour aller visiter cette fois, les Gorges de Kola. Au milieu d’un paysage de brousse qui semble tout à fait habituel, se dessine soudainement un immense tapis de roches! En s’approchant, on découvre une large fissure au centre de laquelle un petit ruisseau coule. En période des pluies, une transformation s’opère et le ruisseau devient rivière. Paraît-il qu’il est même possible d’y nager! Pendant quelques heures, nous nous sommes promenés dans ce magnifique site naturel et nous avons même pu pratiquer quelques techniques d’escalade!




J’espère avoir l’opportunité de continuer de découvrir les richesses de cette région qui ne cesse de m’impressionner chaque fois! Et au plaisir de les (re)découvrir avec vous, parents et amis, qui tenteront l’expérience camerounaise!

Mois mouvementé!

Salutations à tous!

J’espère que vous allez bien et que le printemps s’est bien et bel installé sur les terres québécoises! À l’Extrême-Nord, la saison très chaude est arrivée tard cette année, soit au début d’avril, alors qu’habituellement, elle s’installe en mars. Aussi, les premières pluies ont fait leur apparition bien tôt, dès la mi-avril. Tous ces bouleversements sont probablement le résultat des changements climatiques dont on entend de plus en plus parler ici! Avec les premières pluies, les pannes d’électricité sont revenues et ne pouvant pas utiliser mon ventilateur, j’ai dû passer quelques nuits à la belle étoile pour avoir un peu d’air frais! Heureusement, l’arrivée de la saison chaude n’apporte pas qu’un lot de points négatifs. Elle est aussi synonyme du début de la saison des mangues et je prends un réel plaisir à en déguster maintenant pratiquement chaque jour !!

Du côté du travail, avril a été, sans contredit, LE «Mois mouvementé!» depuis mon arrivée. Pour  vous mettre un peu en contexte, VSO (l’ONG pour laquelle je travaille) a entamé depuis l’an passé, une restructuration de tous ses programmes au Cameroun et la nouvelle stratégie a officiellement été mise en place le 1er avril dernier. La grande cible de VSO pour l’horizon 2012-2015 sera : les femmes! Les volontaires interviendront dans différents volets en ayant toujours comme priorité les femmes. Ces volets sont : l’éducation et l’alphabétisation fonctionnelle, la santé, le pouvoir économique et la participation à la prise de décisions. Une nouvelle méthode de travail entre les volontaires fait aussi partie de cette nouvelle stratégie et elle commence tranquillement à être mise en place. Nous serons plus appelés à travailler en équipe et à échanger sur les projets de tous les volets. Au niveau personnel, un grand changement a aussi eu lieu. Je prendrai dorénavant le rôle de conseillère en santé communautaire plutôt que celui de conseillère en développement scolaire. Les personnes qui me connaissent bien ne seront probablement pas surprises de ce changement de cap! Ayant moi-même fait la demande, je suis très heureuse du nouveau rôle qui me sera confié et il cadrera aussi beaucoup mieux avec mes intérêts personnels et mes diverses expériences passées dans le domaine de la santé communautaire.

D’ailleurs, le grand projet qui a occupé mes dernières semaines était directement relié à ce volet santé! En collaboration avec les deux autres volontaires internationales de mon secteur, nous avons mis sur pied un projet de formation d’animateurs et animatrices en éducation sexuelle. Depuis la semaine dernière, les animateurs et animatrices sont déjà sur le terrain en train d’animer des ateliers dans quelques classes du primaire et du secondaire. Nous avons choisi de séparer les garçons des filles, car il y a un grave problème d’expression des filles en présence des garçons. Cela peut être relié à plusieurs facteurs : la timidité, la maîtrise difficile du français, les traditions accordant peu d’attention à l’opinion des femmes, etc. Nous espérons qu’en séparant ainsi les groupes, les filles seront plus à l’aise de discuter de sujets tabous, de poser leurs questions et un climat de confiance pourra être établi avec l’animatrice de l’atelier. Jusqu’à maintenant, selon mes observations, les ateliers se déroulent merveilleusement bien et je suis très enthousiaste par rapport à leur évolution au cours des prochaines semaines! 


L’idée du projet m’est venue tranquillement en tête après avoir entendu chaque mois, depuis mon arrivée, des histoires toutes plus tristes les unes que les autres… Je pourrais citer entre autres, une propagation terrible du VIH/SIDA et autres ITS dans la communauté, des jeunes filles de 12-13 ans enceintes, des pratiques d’hygiène plus que douteuses (un exemple qui vous paraîtra fou, mais qui est tiré de faits vécus : l’utilisation du sac de plastique qu’on trouve au marché à titre de condom!!). Bref, entendre toutes ses histoires jour après jour, m’a fait réaliser à quel point il y a un manque d’informations à l’égard de tout ce qui entoure la sexualité et les jeunes en sont malheureusement les premières victimes! Petit à petit, nous espérons changer les mentalités et les comportements pour que la santé de tous devienne une priorité! Nous sommes toutefois réalistes et conscientes que ce jour-là n’est pas demain, mais Inch’Allah, les jeunes qu’aujourd’hui nous éduquons, seront des acteurs de changements dans un futur qui n’est pas très loin…

samedi 17 mars 2012

Jours de célébration!

Bonjour à tous et spécialement à toutes les femmes, qui le 8 mars dernier, ont célébré la Journée internationale de la femme!

Au Cameroun (et je préciserais même dans les régions rurales de l’extrême-nord), la célébration de cette journée prend une importance particulière, du fait de tous les obstacles structurels, traditionnels, religieux et économiques qui nuisent à l’épanouissement et à l’autonomie des femmes. Dans le cadre de cet événement, plusieurs activités étaient organisées tout au long de la semaine et j’ai participé, entre autres, à une soirée culturelle comprenant sketchs, chants, danses modernes et traditionnelles ainsi que plusieurs prestations de «lipsing» sur les chansons de l’heure!! La célébration de la femme s’est couronnée le 8 mars par un grand défilé d’associations de femmes de plusieurs horizons et une soirée dansante. J’ai eu la chance de défiler aux côtés d’une de mes associations de mères-d’élèves (AME), celle du village de Yangah, situé à une dizaine de kilomètres de mon village. Aux sons des chants et des pas de danse traditionnels Mousgoum, les femmes arborant un t-shirt à l’effigie de leur association, ont fièrement défilé!

En lien avec la célébration de la journée de la femme, j’avais décidé d’organiser deux formations pour mes AMEs où l’une portait sur la fabrication de savon artisanal et l’autre sur les techniques de jardinage. Ces formations servent à outiller les associations pour améliorer leurs activités génératrices de revenus. Les profits de toutes ces activités leur servent par exemple, à acheter ou réparer du matériel ou des équipements scolaires, à offrir des petits cadeaux aux élèves méritants et particulièrement les filles, à organiser des sensibilisations au village pour augmenter la scolarisation des enfants, etc. 
 

 

À la fin du mois de février, j’ai eu le grand privilège d’assister à l’élection d’un grand chef traditionnel dans un village voisin. Plus d’une dizaine de candidats, tous reliés génétiquement à l’ancien chef, décédé en juin dernier, ou à la grande famille royale, ont tenté leur chance pour accéder à ce poste, d’une très haute importance dans les villages africains. Pour la première fois, des élections libres, transparentes et publiques ont été organisées et c’est le curieux mélange entre traditionnel et moderne qui m’a le plus frappée lors de cette journée! Les 39 Lawanes et Djaouros (chefs traditionnels de quartiers) de tout le secteur du village étaient invités à se prononcer sur le choix du futur chef en allant dans une salle en séko (paille) fabriquée spécialement pour l’événement et en mettant leur bulletin de vote dans l’une des grandes urnes en plastique (utilisées lors des élections présidentielles en octobre dernier!). Les services de la brigade policière et de la gendarmerie assuraient la sécurité des centaines de personnes venues assister à cet événement historique. C’est ainsi que les 4X4 roulaient au milieu de la foule, en passant entre les groupes de griots (musiciens) arborant fièrement tambours et flûtes traditionnels et attendant patiemment le verdict avant d’entraîner la foule dans les chants et les danses de célébration. Après plusieurs heures d’attente ponctuées de nombreux discours, c’est finalement le plus jeune candidat qui a été couronné. Les célébrations incluant chants, musique,danses et prières se poursuivront pendant 7 jours pour souligner l’arrivée du nouveau chef et le dernier jour, une grande fête au village clôturera cet événement d’envergure. Ayant eu la chance de le rencontrer et de discuter avec lui quelques semaines auparavant, les personnes qui viendront me visiter auront aussi probablement la chance de se rendre au lamidat de Pouss pour aller y saluer le nouveau chef! Peut-être que certains se demandent pourquoi je n’ai jamais fait allusion au chef de mon propre village, Guirvidig… En fait, je suis allée saluer le chef une seule fois depuis mon arrivée et les raisons sont toutes simples. Mon chef ne parle pas français, il est âgé, très malade et ne sort pratiquement plus de sa chambre. Il ne siège même plus au tribunal coutumier (qui est habituellement une des grandes responsabilités du chef), laissant le soin à ses conseillers, de vieux sages, de régler les problèmes du village.



Enfin, je ne peux pas non plus passer outre un autre événement de grande importance qui s’est déroulé dans ma propre cour! Mon propriétaire s’est marié pour une deuxième fois (et oui, les mariages polygames sont choses communes ici!). Un grand buffet et des invités venant d'un peu partout au village ont élu domicile dans ma cour le temps d'une journée pour venir saluer les nouveaux mariés. Le petit fait marquant de cette journée, c'est ma rencontre avec la jeune mariée d'environ une vingtaine d'années, qui ne parlait ni français ni la langue locale le foulfouldé. Elle venait d'Arabie Saoudite et ne parlait que l'arabe et quelques mots d'anglais. Cela m'a rapidement amenée à la conclusion que les mariages arrangées existent bel et bien au Cameroun, je venais d'en avoir la preuve! Et lorsque je me suis mise à penser à toutes les difficultés que ces jeunes filles déracinées vont rencontrer, je n'ai pu qu'être envahie par un sentiment d'empathie.

Je me permets maintenant d’aborder un sujet un peu plus léger! Après plus de 6 mois d’attente… en revenant du travail en passant sur la digue du Lac Maga, j’ai finalement croisé mon premier troupeau d’hippopotames. Situés à quelques mètres devant moi, les petits et leurs parents se prélassaient tranquillement au soleil. Je n’ai pu que m’émerveiller devant ces animaux s’imposant comme des forces de la nature!
 
 

Je termine en vous laissant sur cette image de brousse en pleine saison sèche, si représentative de mon environnement quotidien. Elle vous apparaîtra probablement comme étant très exotique, mais je vous avouerai que je continue, moi aussi, d’avoir ce sentiment jour après jour! Le temps étant si subjectif, j’ai de la difficulté à réaliser que mon arrivée à Guirvidig date déjà de plus de 6 mois. Un grand merci à tous ceux et celles qui continuent de m’encourager dans cette folle aventure, malgré les kilomètres qui nous séparent!
 
Ousséko djour !
(Merci beaucoup!)

lundi 20 février 2012

Ô Cameroun!

 Bonjour à tous !

Quelques nouvelles en provenance de la chaleur sahélienne…car les journées de plus de 40C ont fait une entrée remarquée il y a environ deux semaines à l’Extrême-Nord du Cameroun!
Pépinières de riz et épouvantails africains!

D’abord, depuis mon retour des vacances au début janvier, les projets au travail sont de plus en plus nombreux et motivants! Au cours du mois de février, les directeurs et enseignants de mes écoles ont pu prendre part à des formations pour renforcer leurs compétences en informatique et en alphabétisation des femmes. Des ateliers de sensibilisation sur la salubrité de l’eau des puits à ciel ouverts sont également prévus à mon horaire des prochains jours. Les maladies liées à la consommation d’une eau non potable sont tellement nombreuses (fièvre thyphoïde, Hépatite A, choléra, parasites et vers intestinaux, etc)   et souvent meurtrières dans la région, les premières victimes étant malheureusement les enfants. En compagnie de mon collègue volontaire camerounais et d’un agent de sensibilisation du dispensaire de mon village, nous sillonnerons donc différents quartiers de Guirvidig et quelques petits villages de brousse pour essayer de faire changer certains comportements des gens, entre autres, puiser avec des cruches et des cordes propres, couvrir les puits pour éviter que feuilles, déchets, sable et petits animaux s’y retrouvent et informer sur les différentes techniques de filtration, d’ébullition et de javellisation de l’eau. Mis à part cela, nous sommes déjà dans les préparatifs de la Journée mondiale de la femme, le 8 mars prochain. Les droits des femmes au Cameroun et particulièrement dans la région de l’Extrême-Nord font partie des sujets sensibles dans ces communautés très traditionnelles patriarcales. Pourtant, peu à peu depuis mon arrivée, je constate que certaines femmes élèvent de plus en plus leurs voix pour dénoncer les injustices dont elles sont victimes, entre autres leur droit d’influencer les décisions familiales sur la scolarité de leurs enfants et particulièrement les filles. Certains pères voient d’un très mauvais œil une fille qui a été bien éduquée, car cela sous-entend qu’elle ne sera pas une bonne épouse, elle pourrait demander le partage des tâches ménagères ou se soulever un jour contre son mari qui n’a pas tenu compte de son opinion…

Lamidat de Moulvoudaye. 
Ouverture du défilé de la commune de Maga
Les enfants de la maternelle de Maga

Côté vie sociale, ça bouge bien comme on dit ici! Célébration de mon anniversaire dans le village chrétien de Mouda (et par le fait même beaucoup plus fêtard que les villages de leurs compatriotes musulmans!); musique africaine, danse, enfants et bière de mil traditionnelle (aussi appelée bil bil ou mozoum en langues locales) étaient au rendez-vous. Quelques semaines plus tard, j’ai eu la chance de fêter au sein de la grande chefferie du village Moulvoudaye. Ici, les chefs traditionnels ou lamidos sont extrêmement respectés par les populations. Les salutations à un lamido commencent toujours par un «Bonjour Sa Majesté» en s’inclinant pendant la poignée de main. Pour nous les volontaires, tous ces protocoles apparaissent un peu superflus et étranges, mais nous avons pris joyeusement part à toutes ses petites traditions!  Lors de la fête de la jeunesse, le 11 février dernier, j’ai aussi été confrontée à tous les protocoles entourant les grands de ce pays (particulièrement Son Excellence Monsieur le Président Paul Biya). En effet, avant le début du défilé des enfants, un discours enregistré du Président d’une durée de 30 minutes, a été attentivement écouté par la foule. Aussi, comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessus, la présentation d’une grande photo de Son Excellence doit impérativement ouvrir la marche lors des défilés!

Sur ce, je vous souhaite un bel hiver et je vous dis :
«Férré, férré (ou à la prochaine!)»